L'histoire se reconstruit à mesure que les travaux d'élargissement du canal de Panama progressent

L'ACP a entrepris un projet de conservation des ressources culturelles du pays en plus des travaux d'élargissement du canal de Panama. Archéologue et ouvriers ont en effet découvert des assiettes en porcelaine, des bouteilles, des boulets de canon, des axes de wagons, des boutons et même un fusil sur le chantier.

Une découverte qui pourrait bien changer l'histoire et la chronologie de la formation de l'isthme de Panama. Il est possible que la documentation que nous possédons sur la naissance de notre pays en tant que pont de terre ne remonte pas assez loin.

À ce jour, le doute n’a pas été induit par des personnes ou des personnages célèbres, mais bien par des animaux et plus particulièrement par des fossiles découverts lors d’excavations réalisées durant les travaux d'élargissement du canal de Panama. Il y a quatre ans, Aldo Rincón, un stagiaire en paléontologie du Smithsonian, a découvert un des fossiles les plus complets déterrés jusqu'à ce jour au Panama : la mâchoire d'un cheval à trois doigts se nourrissant de fourrage, approximativement de la taille de l’âne moderne et qui peuplait le continent il y a 15 ou 18 millions d'années.

Cette découverte va à l'encontre de la théorie de la création géologique de l'isthme selon laquelle la région aurait été formée il y a 3 millions d'années et laisse entrevoir la possibilité qu'il ait été créé bien avant cela.

Selon les porte-paroles du Smithsonian, le fossile serait toujours en cours d'examen.

Les paléontologues, poussés par la curiosité de reconstruire l'histoire, ont entrepris des fouilles vigoureuses et ont, selon Hortensia Broce, une spécialiste environnementale, également découvert au cours des cinq premières années de recherche, 8 862 échantillons paléontologiques tels que des roches et sédiments, des fossiles de plantes, de mollusques, d'échinodermes, d'arthropodes, de requins, de reptiles et de mammifères.

En continuant les recherches, de plus en plus d'échantillons ont été découverts tels que des fragments de crânes, des os, des dents et des fossiles partiels de chevaux, de chameaux, de rhinocéros et de serpents.

Au total, sept années de recherches intenses ayant débuté à la suite du projet d'élargissement de la route interocéanique. Les fouilles sur le chantier ont révélé des découvertes paléontologiques et archéologiques.

Corozal

Il ne s'agit pas seulement d'un musée, mais bien des bureaux de l'ACP à Corozal. Les bureaux de l’Autorité du canal de Panama font également office d’entrepôt pour les pièces découvertes sur le chantier des travaux. Toutes les pièces collectées sont dignes d'être exposées.

Un jeune homme de corpulence mince et à l'accent mexicain nous ouvre la porte et nous souhaite la bienvenue. Il s'agit de l'archéologue Jonathan Hernández. Il est accompagné d'une jeune anthropologue et muséologue panaméenne, Guillermina De Gracia. Ils se trouvent dans la salle principale de l’entrepôt. Nous sommes un peu déçu de prime abord, car la seule chose que nous parvenons à apercevoir est une pioche sans manche et quelques pièces dans une boîte en carton, mais, heureusement, Jonathan et Guillermina avaient beaucoup plus d’objets à nous montrer.

Avant notre arrivée, les deux spécialistes compilaient une base de données des objets et fossiles découverts. Rapidement, ils se mettent à partager avec nous ce qui se trouvait caché dans une pile de boîtes fermées hermétiquement : ce sont des découvertes archéologiques. Certaines appartiennent à l'époque précolombienne et d'autres à l'époque départementale et républicaine. Bien qu'il soit étranger, à chaque pièce qu'il sort de sa boîte, Jonathan démontre autant d’enthousiasme que s’il était panaméen. Il nous montre une poupée en porcelaine, des joues au ventre, car elle a été brûlée, mais les archéologues sont parvenus à retrouver une de ses jambes.

Parmi les objets de la même boîte, nous découvrons une pièce de monnaie, deux boutons, le verre d'une lunette, des assiettes en porcelaine, une bassine et des bouteilles. Curieusement, il y avait plus de bouteilles que d'autres objets, certaines devaient contenir de l'alcool, d’autres des médicaments et des sodas et aussi un flacon d'encre pour écrire.

Ces découvertes nous permettent d'en savoir plus sur la manière dont vivaient les travailleurs de cette époque, les enterrements et autres coutumes, explique Zuleika Mojica, spécialiste en protection de l'environnement auprès de l'ACP. Les découvertes les « plus anciennes » datent approximativement de 700 av. J.-C., nous raconte Jonathan. Les pièces ne sont pas uniquement entreposées dans la salle principale, il y avait encore au moins deux autres salles prévues à cet effet. Dans cette cave sont entreposés les objets « manœuvrables », car selon Zuleika Mojica, ils ont également retrouvé des wagons.

Les ouvriers

Les ouvriers et les spécialistes de ce type d’objets sont impliqués dans la préservation de ces découvertes. Les ouvriers travaillant sur le chantier de l'élargissement du canal de Panama sont les premiers à découvrir les pièces.

Ils ont été formés à la préservation des ressources culturelles, on leur a montré des photos des pièces qu'ils pourraient trouver et ils ont même arrêté le travail qu'ils réalisaient en ce moment en attendant l'arrivée de l'archéologue en charge afin qu'il sorte une des dernières pièces découvertes.

D’innombrables objets et fossiles ont été découverts. Ils sont temporairement placés sous la garde de l'ACP en attendant que la Direction du Patrimoine Historique à l'Institut National de la Culture (INAC) en fasse la requête et les transferts dans l'un des musées de la capitale.

Source: www.panamaamerica.com.pa